Chroniques, Livres

Notre-Dame de Paris, la réalité au delà de la fiction

Pour tous ceux qui, comme moi, ne connaissaient que la version Disney de Notre-Dame, ou, un peu mieux, la version film de 1956 avec Anthony Quinn, voici quelques détails qui vous ont probablement échappé.

Là où la morale de Disney était de montrer que la bonté n’avait que peu à voir avec le physique de l’homme (no kidding), le roman de Victor Hugo est infiniment plus complexe, et s’évertue à décrire, sans jugement apparent, les ambivalences humaines. Point de manichéisme, et histoire de donner le tempo, aucun des personnages n’est foncièrement gentil ou foncièrement méchant (vous êtes vraiment surpris ?), ils sont humains avant tout, et c’est là, à mon sens, toute la beauté de ce texte, et le génie de Victor Hugo, qui a su voir en l’Homme une unité, un tout fait de misère et de clarté. Vous serez par exemple peut-être étonné d’apprendre que :

 Quasimodo est sourd et muet. A la solde de Frollo qui l’a sauvé d’une mort certaine, il lui est entièrement dévoué, a des sursauts cruels envers la foule, mais parce la foule est cruelle envers le monstre. Il sauve Esmeralda de la pendaison, la cache dans Notre-Dame en invoquant le droit d’asile, il l’aime en silence, d’un amour aussi déchirant qu’il est silencieux et sans espoir. La belle, partagée, tente d’être reconnaissante, mais continue d’avoir du dégoût pour la créature. On oublie donc la version Disney où Esmeralda devient l’amie inconditionnelle du sonneur de cloches, sans plus d’égard pour sa monstruosité physique.

Frollo a sauvé Quasimodo de bon cœur, et a vu dans la pauvre bête le souvenir de son jeune frère qu’il n’a pu sauver de la misère. Frollo est intrinsèquement, viscéralement, mortellement empoisonné par son amour pour Esmeralda. D’ailleurs, s’il montre tout au long du texte, ici et là, des inclinaisons franches pour le mal, ce n’est qu’en réponse à ce même mal qui le ronge. Dans une des scènes finales, il se met littéralement aux pieds d’Esmeralda, emprisonnée par sa faute pourtant, la suppliant de l’aimer, sans plus d’égo ni de raison, sans plus d’égard pour sa foi ni son Dieu. Il se soumet entièrement alors qu’elle ne cesse de lui asséner dégoût et insultes, lui préférant la mort. On assiste alors à une métamorphose du personnage, à la fois capable d’aimer, et de laisser à une mort certaine celle qui le repoussera jusqu’à la fin.

Esmeralda, 16 ans dans le texte, n’est qu’une enfant encore. Bien que gentille, plutôt sotte (j’ai eu envie de la baffer à quelques reprises), par son amour inconditionnel et naïf pour un Phoebus complètement imbu de lui-même, (on dirait de nos jours franchement con), qui ne voulait de la belle que sa virginité, peureux pour sa peau et son épée, infidèle à Fleur de Lys à qui il était promis (qui lui revient sans aucun souci la bouche en cœur, alors même qu’elle a assisté à son inclinaison pour la gitane), n’étant vaillant que par le nom, insensible et lâche. Jusqu’à la fin Esmeralda criera son nom, convaincue de son amour pour elle, convaincue qu’il la sauvera. Elle le cherchera du regard alors qu’on lui met la corde au cou ; Phoebus, gêné, la laissera aller à la mort sans plus de scrupule. C’est pourtant aussi à cause de lui qu’elle (et sa chèvre ! Véridique !!) se sont retrouvées en procès pour sorcellerie (la partie du procès est ahurissante de bêtise, j’en aurais rigolé si cela n’avait tragiquement existé au XVème siècle).

700 pages qui recèlent l’essence de l’humain, une reconstitution de Paris d’alors d’une description époustouflante; et si l’histoire est fiction, si elle a lieu dans un Paris médiéval, les mouvements intrinsèques des différents personnages, de passion, de cruauté, de jalousie, de bonté, devrions-nous les transposer aujourd’hui, ne feraient que résumer l’humanité telle qu’on la connaît.

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