Chroniques, Livres

Le sphinx rouge – Alexandre Dumas

Dans la série romans historiques français, Alexandre Dumas règne indubitablement en maître.
Étant entré depuis longtemps au panthéon de la culture française, ses romans sont normalement libres de droit et par conséquent gratuits à tous. J’ai donc hésité longuement avant d’acquérir ce roman inédit à 16€, me demandant si ce n’était pas là une stratégie marketing des plus viles pour pousser les lecteurs à mettre inutilement la main à la poche.
Si je n’ai pas le fin mot de l’histoire, je sais que mes 16€ n’ont pas été vains. Alexandre Dumas publiait à l’époque un roman sous forme de feuilleton. Un chapitre apparaissait donc à une certaine fréquence sur tel ou tel journal. Et comme nous l’explique la préface, il s’est agi là de retrouver, d’ordonner, d’expliquer les chapitres, y ajouter notes et contextes pour une meilleure compréhension du lecteur, et même y faire glisser des chapitres inédits qui n’étaient pas destinés à la publication.

XVIIème siècle. Lorsque Paris se bornait à quelques quartiers et que le Louvre était la demeure du Roi de France. Nous sommes un siècle avant la cour de Versailles de Louis XIV, deux siècles avant Robespierre et la révolution française.
Le dix-septième siècle verra éclore Corneille, Racine et Molière, mais nous n’en sommes pas encore là. Il est question ici de faire lumière sur un cardinal qui a dirigé la France d’une main de fer. Oui, un cardinal, pas le roi.

Vous souvenez-vous d’un certain Louis XIII ? Probablement pas. Mais si je nomme Richelieu, peut-être ne saurez-vous pas le situer dans le temps, peut-être ne saurez-vous pas le rôle qu’il a joué dans l’histoire de France, mais quelque chose dans votre mémoire frétillera.
L’Eglise, par la voix et les actions du cardinal, règne sur la politique de France. Richelieu est craint, redouté, aimé, détesté. Il envoie à l’exil quand il ne fait pas tomber les têtes rebelles. Il déchaîne les passions malgré la robe qui lui interdit de les consommer. Il est l’objet de tous les complots, surtout de la reine-mère, Marie de Médicis, de la reine Anne d’Autriche, et de Monsieur, qui était le terme d’alors pour désigner le frère du roi régnant, Gaston, duc d’Orléans.

On entre dans la cour du Louvre, on est au plus près des intrigues, des courtisans, des amours d’une nuit ou des promesses d’une vie. On suit les duels (pourtant interdits par Richelieu), les comtes, les ducs, les marquis, les courtisanes, les favoris, dans les salons, dans les cabinets, dans leurs hôtels, dans leurs quêtes de puissance, d’argent ou de gloire.

Je soupçonne Dumas de ne pas être complètement neutre dans sa description de le France d’alors et de ses principaux protagonistes. Car ce qu’il nous raconte, c’est que Louis XIII est en effet aussi faible, colérique, ennuyeux et ennuyé, que Richelieu est un génie grand et puissant. Que Monsieur, la reine régnante et la reine-mère sont aussi fourbes et calculateurs, que Richelieu est droit et désintéressé. Que la France est aussi grande, catholique, et puissante, que l’Autriche ou l’Espagne, ses ennemies, sont hérétiques et malveillantes.

Un chauvinisme qui n’empêche pas d’être complètement pris dans l’histoire, car il est vrai que, tous les soirs, pendant quelques semaines, j’ai plongé avec grand plaisir et grand intérêt dans cette France du XVIIème, ou, devrais-je dire, cette France de Richelieu.

Note de l’éditeur : Publié en feuilleton en 1865 et 1866, ce grand roman oublié est l’un des derniers qu’Alexandre Dumas ait écrits. Dans ce livre qui débute quelques jours seulement après Les Trois Mousquetaires –; et non ” vingt ans après ” –; nous est dévoilé tout un pan de l’histoire de France : de la vérité cachée sur la mort d’Henri IV à l’arrivée de Mazarin. Le Sphinx rouge est suivi ici d’un autre récit de Dumas, La Colombe, qui conclut les aventures du comte de Moret.

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