Chroniques, Livres

“La saison des Ouragans” Fernanda Melchor

Une narration brutale, comme ce qui y est raconté, un style cru, bien trop cru, une ponctuation quasi inexistante, à l’image de ces personnages qui étouffent, et toi, le lecteur, tu étouffes avec eux, et tu sens leur misère, leur reste d’humanité qui tente de survivre dans les eaux marécageuses d’une violence innommable, là-bas dans un village au Mexique, tu sens la puanteur qui te colle à la peau, et comme eux, ta lecture n’a pas de souffle, pas une brise qui s’échappe, pas une accalmie dans cette colère sourde, et cette moiteur imaginaire pendant que tes doigts tournent les pages, encore et encore, à te demander, mais bon sang pourquoi je continue à lire.

Et pourtant quelque chose opère, et tu lis, d’une traite, tu ne te l’expliques pas, et tu te demandes s’il est encore possible qu’en 2019, des horreurs pareilles puissent se produire à l’autre bout du monde, s’il est encore possible que des horreurs pareilles existent tout court, et tu te vois, confortablement allongé sur ton canapé, à te moquer de tes propres questions, auxquelles tu as bien-sûr déjà la réponse. Parce que tu viens d’un pays où ces horreurs-là ont probablement été voisines de ton quartier d’enfance. Et que certains quartiers de ton pays d’adoption ne doivent pas être épargnés non plus. Mais que, toi, tu choisis de ne pas les nommer, peut-être ainsi finiront-elles par ne plus exister. Tu préfères ne garder que le beau, tant pis pour ce qu’il y a en dessous. Tu préfères aimer un tout, quitte à ne pas voir une partie.

Et la question demeure, qui est Fernanda Melchor, auteure de cette bourrasque insupportablement littéraire, qu’a-t-elle pu vivre pour vouloir raconter ce Mexique-là, et comment, à 37 ans, ressort-on indemne après avoir pensé, imaginé et écrit l’insoutenable.

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