Créations, Texte court

Entretien céleste – Création

Et je demandai à l’aube : 

  • Mais qui es-tu ? Entre lumières et ténèbres tu ne sembles pas vouloir choisir. Es-tu fidèle aux étoiles qui n’ont pas encore disparu ou au nouveau jour qui n’est pas encore né ? Ne souffres-tu donc pas de ton inconstance, de ton incertitude ?

Et l’aube me répondit :

  • Humain, as-tu si peur de l’inconstance ? De l’inconstance naissent les plus beaux phénomènes. L’arc en ciel n’est-il pas le résultat d’un état inconstant de la lumière, éphémère et magnifique ? Les cristaux de neige ne sont-ils le fruit de l’incertitude de l’eau à choisir un état ? Fidèle, je le suis, au temps et aux saisons. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, je suis là. Je suis celui qui donne du temps à la métamorphose de se produire. Si je n’existais pas, pourrais-tu apprécier le jour ? Ne serais-tu pas aveuglé par tant de clarté soudaine ? En hiver, j’en appelle aux nuages pour laisser au jour le temps d’éclore, en été je me fais puissant de rage et de couleurs. Et dans la rosée du matin, pendant que tes yeux s’habituent et s’émerveillent des mille couleurs qui défraient le Ciel, rends grâce Humain, et rappelle toi que cette majesté est le fruit de cet entre-deux états que tu blâmes.

Et je demandai au crépuscule :

  • Mais qui es-tu ? entre lumières et ténèbres tu ne sembles pas vouloir choisir. N’es-tu pas un imposteur de nous miroiter tant de beauté avant que la nuit n’engloutisse le Ciel ? A vouloir ainsi tromper tes sujets, et les baigner dans la tendre illusion du jour qui tarde à mourir, ne te fais-tu pas cruel, toi qui te caches sous des traits aussi purs ?

Et le crépuscule me répondit :

  • Humain, ce sont tes yeux de mortel qui te trompent. La cruauté que tu vois n’est autre qu’indulgence, l’imposture dont tu parles n’est que bienveillance. Je suis celui qui permet au jour agonisant de se rappeler sa force dans un dernier éclat. Je suis celui qui lui permet de se retirer gracieusement, laissant à la nuit le soin de taire ses secrets, de voiler ses larmes, avant de renaître encore. Si je n’existais pas, les ténèbres s’abattraient sur ton âme aussi soudainement qu’un orage d’été. Je suis celui qui permet au jour de se perdre, de se chercher, puis de se trouver enfin. As-tu si peur, Humain, que tu ne vois donc pas les possibilités infinies qui s’ouvrent à chaque pli, chaque instant que t’offre l’aurore ? Rends grâce Humain, et rappelle toi que sans les ténèbres, le jour ne naîtrait pas. 

Et je m’en allai, le coeur plus léger, et illuminé de couleurs infinies.

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