Chroniques, Livres

Cent Millions d’années et un jour de Jean-Baptiste Andrea

Dernière chronique 2019, je ne pouvais espérer mieux pour clore cette année.

À présent, fermez les yeux. Imaginez. Ressentez.

C’est une lecture pleine de grâce que ce roman, pour une écriture d’une sensibilité rare, presque féminine.
C’est l’histoire de Stan, un paléontologue qui s’élance corps et âme dans une recherche improbable, une ascension folle dans les montagnes. C’est l’histoire de paysages, d’éléments qu’on apprivoise, qu’on défie, d’une amitié silencieuse, de forces contraires.

On est touché par la folie douce de Stan, par cette valse qu’il mène avec ses fantômes et qu’il va chercher jusque sur un glacier, par-delà tous les dangers, les extrêmes, ceux qui agitent les montagnes et ceux de son cœur. On aime les ambivalences et les oppositions, on aime l’humanité rendue à ces cimes immuables, aux montagnes et aux hommes, sans les départir de leur cruauté ni de leurs failles. On aime cette nudité vierge de l’humain et du glacier, on aime qu’ils se rejettent et qu’ils ne fassent qu’un à la fois.

Et longtemps après avoir tourné la dernière page, vous serez encore là-haut, avec Stan, dans son glacier, vous mettrez quelques jours à lui lâcher la main, à le laisser partir, vous en ressortirez avec un coup au cœur, vous vous sentirez vivants, et c’est bien là toute la beauté des livres promis à la postérité.

Chroniques, Livres

La maison – Emma Becker

Emma Becker s’est glissée corps et âme pendant deux ans dans une maison close berlinoise. Résultat : ce roman inclassable. Revient-on indemne de ce genre d’expérience ? D’écriture ?

Un psychanalyste se frotterait les mains d’avoir une patiente telle que Emma Becker. Parce qu’il faut une bonne dose de névrose et probablement autant de folie (et une foi entière en elle et en ses capacités) pour faire ce qu’elle a fait : pour écrire sur les prostituées, elle en est devenue une elle-même, en rejoignant une maison close à Berlin pendant deux ans et demi. Mais au final on s’en fiche, l’essentiel est là sous nos yeux, sous nos mains, dans la forme de mots qui traduisent le corps, presqu’un toucher virginal, une cambrure de papier.

Ce roman questionne la relation de la femme au plus vieux métier du monde et plus particulièrement la fascination de certaines d’entre elles – d’entre nous, comme Emma Becker, pour celles qui se dédient à la sexualité. Le désir féminin y est abordé, décrit, analysé, pensé, sous toutes ses formes, de la plus crue à la plus poétique.

Naïvement presque, elle choisit d’aborder ce sujet avec bienveillance, refusant toute violence ou contrainte, ou même d’aborder les raisons qui poussent ces femmes au choix de la profession. Elle choisit l’angle de l’humain, sans en rajouter, ni dans le trop ni dans le pas assez, sans embellir ni le rendre glauque. J’ai eu le sentiment parfois de me retrouver dans un de ces tableaux de Toulouse-Lautrec, qui, entre tous, a su capter avec bienveillance l’intimité de ces êtres, qui sont femmes aussi, qui sont femmes avant tout.

Est-ce de la littérature? Et pourquoi pas ? Il y a de l’esprit, il y’a de l’humilité, il y a des mots qui prennent tout leur sens, et surtout il n’y a pas de jugement. Et si parfois c’est cru , bizarrement ça n’est jamais vulgaire. Si parfois j’ai dû faire une halte, j’ai continué avec une certaine fascination et tenu à lire jusqu’à la fin.

C’est une lecture dérangeante, et je pense sincèrement qu’il est compliqué de vous recommander ou non de lire ce livre, parce que sa lecture est très personnelle et dépend de la relation que chacun de nous entretient avec ce sujet. Je comprendrais qu’on ait de la gêne à lire certains passages, voire du dégoût, je comprendrais qu’on ne comprenne pas.

Je serais d’ailleurs curieuse de savoir si les hommes et les femmes ont reçu cette lecture de la même façon, avec la même subtilité et la même nuance, et comment l’ère du #metoo s’accommode de ce témoignage qui fait valser le bienséance .
A bon entendeur.

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Rencontre avec la littérature Marocaine à la maison de la poésie

25 Novembre 2019,

Au début, j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un dîner entre amis au coin du feu, où, pour raconter les prémices des premiers mots qui ont fait d’eux des écrivains, il fallait raconter l’intime, le rapport à la patrie, aux années de plomb, la politique, le poids de l’histoire, familiale et coloniale (parfois confondues), le protectorat français et la résistance, le rapport au corps et à la religion.

Une discussion à sept cœurs, où les masques, d’habitude si présents dans cette société qui m’est pourtant chère, semblaient se fissurer, mouvement nécessaire si l’on veut parler avec sincérité du parcours si personnel qu’on a avec l’écriture.

Sept auteurs aux histoires différentes, parfois opposées (dont les parents sont pour certains illettrés, et qui écrivent, une génération plus tard, dans une langue qui ne leur est pas maternelle), différents donc dans leurs parcours, la langue choisie pour l’écriture, les idées, les personnalités, mais avec la passion commune de l’écriture et une frénésie touchante pour la lecture dans leur jeunesse.

Un constat frappe très vite, paradoxal et intriguant : l’amour commun pour la littérature française, comme un ciment qui les unit et les ancre dans la terre, la lecture absolue des classiques de l’oppresseur pourtant combattu dans les années coloniales. Peut-être moins intriguant que cela si on y pense, à cause d’un syndrome de Stockholm encore présent deux générations plus tard : tout Marocain, et à fortiori l’écrivain, a un lien viscéral et complexe, de désamour et de tendresse avec le Français, ses écrits et sa langue. Il l’envie et le redoute, veut lui ressembler mais le rejette.

Alors, lorsque le Marocain se retrouve sur la scène du Français, sur ses terres, au cœur même de sa culture, ça se transforme vite en éclats de voix, en passions déchaînées, ça s’invective entre auteurs,  le temps s’arrête, s’allonge, cela dure deux heures au lieu d’une, l’audience de la maison de la poésie, d’habitude plongée dans un silence presque religieux, se mêle aux débats, rigole, s’exclame, apostrophe l’auteur, le compatriote, l’arabophone, le francophone.

Et moi, dans ce bordel qui me semble si familier, je me dis que cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi fière d’appartenir à un gène aussi riche, aussi complexe, aussi bancal, aussi sanguin.

Aussi vivant.

Aussi marocain.

Auteurs présents à cette rencontre : 

Yasmine Chami, Youssouf El Alamy, Jalal El Hakmaoui, Youssef Fadel, Mohamed Hmoudane, Mustapha Kebir Ammi & Latifa Labsir

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Palmarès lecteurs.com de la rentrée littéraire 2019

Mercredi 13 novembre avait lieu la rencontre avec les 5 auteurs qui ont constitué le palmarès de la rentrée littéraire vu par les participants à l’aventure des explorateurs de la RL 2019 (Fondation Orange) cet été dont j’ai eu l’occasion de faire partie.

Quelques moments clés de la soirée (de gauche à droite sur la photo):

  • Karine Tuil et sa modestie/gentillesse. Elle avait reçu le prix interallié le jour même pour son roman “Les choses humaines” chez Gallimard, et était légitimement prise pour la soirée de récompense. Elle a malgré tout honoré sa promesse de venir, même pour un quart d’heure. Elle a salué et remercié l’audience de lecteurs, s’est excusée de ne pas pouvoir rester plus, elle semblait presque s’excuser d’avoir reçu ce prix. Une modestie touchante alors qu’elle était en tous point la reine de la journée.

PS : L’honnêteté intellectuelle m’oblige à dire que je n’ai pas partagé l’enthousiasme de la blogosphère pour le roman « les choses humaines », pour plusieurs raisons que j’explique modestement dans le post que vous pouvez retrouver sur mon compte. Cela n’empêche pas d’apprécier la personne à l’origine de l’œuvre. A l’inverse, quelle déception parfois lorsqu’on adore un écrit et que la personne à l’origine ne soit pas à la hauteur de la plume. 
Un débat pour une prochaine fois, un prochain lieu, qui me pose question depuis qu’avec le calame j’ai souhaité connaître un peu plus les coulisses d’un monde qui m’a toujours fascinée et passionnée.
Séparer l’homme de l’œuvre ? Faut-il garder le mystère de la plume, ne pas y mette un visage, une personnalité qui risquerait de rendre les choses trop humaines ? (Vous avez noté le calembour? Trop fière :p) ou trop détestables parfois ?

  • L’indignation contagieuse de Brigitte Giraud  : sa voix fluette contrastait avec ses prises de position, toute animée qu’elle était contre certaines horreurs de ce monde. Une indignation qu’elle a mise dans son livre « Jour de courage » chez Flammarion.
  • La bonne humeur de Jean-Philippe Blondel, tout aussi contagieuse, qui, “mine de rien” raconte son livre à coup de blagues et de calembours. Un moment de tendresse également lorsqu’il a confessé avoir aussi écrit ce livre pour sa fille, afin qu’elle en apprenne un peu plus sur son père. “La grande escapade” à retrouver aux éditions Buchet-Chastel.
  • La pudeur de Valérie Tong Cuong, lorsqu’elle a évoqué avoir écrit son roman “Les guerres intérieures“, JC Lattès, suite à l’agression de son propre fils.
  • Le débat très d’actualité que propose Jean Le Gall avec son roman “L’île introuvable” chez Robert Laffont, et les idées de l’auteur sur ce qu’est devenu la littérature française, à l’heure des médias et des réseaux sociaux.

Un grand merci à l’équipe Lecteurs.com pour l’organisation de cette soirée haute en couleurs.

 

Chroniques, Livres

“Une bête au Paradis” Cécile Coulon

Comme toujours, je suis étonnée et admirative de la puissance de certains romans alors même qu’ils sont cousus de sujets si simples; et c’est précisément ce qui fait mouche. En l’occurrence, il s’agit ici de la transformation d’une enfant, puis d’une adolescente, et enfin d’une adulte, jetée dans l’arène de la vie.

On a envie de lire vite, de tourner les pages rapidement pour connaître la suite, et en même temps on a l’envie encore plus tenace de faire durer le plaisir d’une lecture fine, de lire et relire encore certaines tournures qui semblent être là par une évidence simple, qui semblent avoir trouvé leur place sans effort.
Et cette dualité m’a fait vivre tout au long de la lecture. En fait, elle m’a fait vivre la lecture. .
J’ai senti l’odeur de l’herbe mouillée, j’ai senti la douleur que laissent ceux dont l’absence est insupportable, j’ai senti ce que c’était que de grandir trop vite, trop tôt, j’ai ressenti cette grand mère, j’ai vécu presque chaque mot comme une douce violence, une violente douceur.

Tout se passe dans une ferme, baptisée « le Paradis », quelques hectares de terre, et pourtant on voyage bien loin, dans cette famille pleine de silences, de rudesse et de poésie, aimante et maladroite, bancale et solide, fragile et touchante, rustre comme une main qui a connu le travail bien trop tôt, et tendre comme la caresse qu’elle sait encore donner.
Encore la dualité.

Et à la dernière page, j’ai eu du mal à les quitter, Gabriel, Blanche, Emilienne et les autres, eux dont j’avais suivi les déchirements, nuit après nuit. Me reste, en plus du souvenir d’une lecture forte, dérangeante parfois, une question en point d’orgue, un silence suspendu dans le temps : que reste-t-il de l’humain lorsque ses passions primaires sont bafouées, trahies, quand bien même vivrait-il au Paradis ?

Billets d'humeur, Chroniques, Livres

“Les choses humaines” Karine Tuil

Au risque de me prendre une avalanche de houuu houuuu (si je fais mal le son, c’était censé être des huées, pas un hibou qui a la gastro) : bof bof.

C’est distrayant, c’est fade, c’est mignon. C’est surtout à la mode. S’il y a des pages que j’ai réellement aimées, c’est bien celles de la fin, bien pensées et bien écrites, qui pour le coup, m’ont fait ressentir ce qui a fait défaut tout au long de la lecture : le frisson.

Vu l’engouement, vu les avalanches de prix qui lui sont promis, on devrait pouvoir prétendre à de l’excellence. (Non je ne crois pas au père Noël).
Sans offense pour l’auteur dont je ne renie ni le talent ni le travail colossal de recherches, (et je pense qu’elle prend pour toutes les déceptions et incompréhensions passées que j’ai pu avoir en découvrant certaines sélections ou NON sélections), en tant que lectrice, j’aspire simplement à mieux, j’aspire à ce que les livres promis, promus, et mis en avant, soient à la hauteur des ancêtres littéraires, jaspire a ce qu’ils soient un modèle pour la jeune génération à venir.

Que récompense-t-on aujourd’hui dans les prix littéraires ? Où est le style ? Si le style fait défaut, où est l’histoire ?
Parce qu’on surfe sur une vague d’actualité, nous sommes promis à la postérité ? L’actualité n’est-elle pas elle-même par essence passagère ?

J’en oublie de vous parler de l’histoire.
Un couple, une différence d’âge importante, les médias, l’envie et le besoin viscéral de rester au sommet, de protéger les acquis, une histoire ambiguë de sexe (violera, violera pas) et la deuxième moitié du livre pour décrire un procès à la manière d’un documentaire. C’est distrayant (bis), c’est instructif, ça se lit vite et bien.

Mais ça s’arrête là. Goncourt ? Vraiment ?

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“La Débâcle” de Romain Slocombe

On pourrait s’arrêter à la première page, là où une suite d’acronymes militaires censés faciliter notre lecture vous donne le tournis. On pourrait s’arrêter au tiers, lorsque certaines descriptions des tranchées peuvent devenir longues à lire pour les non-initiés (j’avoue néanmoins avoir sauté quelques pages).

On pourrait, mais on ne le fait pas. Parce que Romain Slocombe a le talent de nous harponner, par son écriture qui alterne le monotone et l’urgent, la description et l’action, l’horreur et la poésie ; parce qu’il arrive à tirer 500 pages de dix jours de fuite de 5 protagonistes différents, à l’heure où les Allemands s’apprêtent à entrer dans la capitale française déchue lors de la seconde guerre mondiale.

Le livre retrace donc l’exode vers la Loire et la France libre, à partir du 10 juin 1940, d’une famille de bourgeois, un photographe/soldat, un avocat fasciste, deux femmes séparées de force de leurs compagnons, qui se retrouvent sur les routes encombrées de réfugiés à la sortie de Paris. Des Français réfugiés. 80 ans plus tard, cette expression est dérangeante, sonne faux, presque impossible, à l’heure où la plupart des réfugiés contemporains viennent de l’Afrique noire, du Maghreb ou du Moyen-Orient. Et pourtant.

Nous suivons donc des destins qui se croisent, des personnalités qui révèlent leur pire ou leur meilleur, la nécessité de survie, la guerre frappant le bourgeois et le pauvre sans distinction. La débâcle humaine.

Pas de sentimentalisme à outrance, pas de misérabilisme, Romain Slocombe traite le sujet sous un angle nouveau et avec une froideur documentée et factuelle, laissant au lecteur le soin de s’horrifier ou de s’indigner. Il fait ainsi de « La Débâcle » un roman déroutant et bien réussi.

NB : J’avais découvert R. Slocombe pour son roman paru il y a quelques années « Mr Le Commandant », pour lequel je garde un souvenir fort de lecture. Il a fait de la seconde guerre mondiale son sujet de prédilection pour la plupart de ses romans.

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Et qu’importe la révolution – Catherine Gucher

Immense coup de cœur pour ce roman dont je ne connaissais ni l’auteur ni la maison d’édition. Dès les premières pages, dès la première ligne lue, dès la première image décrite, j’étais conquise. Comment ne pas penser au grand livre d’Hemingway, Pour qui sonne le glas ? la plume de l’auteur mise à part, on retrouve l’odeur de la révolution, des montagnes, le goût de la fronde, le temps qui se suspend au souffle des armes, et surtout la cause qu’on embrasse, viscéralement, au-delà du soi, jusqu’à ce que le soi n’existe que par le peuple, jusqu’à la folie, jusqu’au déchirement, jusqu’à la mort.

Oscillant entre le silence des montagnes ardéchoises, le soleil révolutionnaire de Cuba, les rues espagnoles jonchées des espoirs écrasés par l’armée franquiste, ce livre raconte le souvenir des disparus, de ce qui a été, de ce qui advient, la vieillesse inéluctable de la mémoire, du corps et des luttes de jeunesse.

Un soir de 2016, à l’annonce du décès de Fidel Castro Jeanne replonge dans ses souvenirs. Du fin fond de sa montagne ardéchoise, Jeanne se souvient donc, en silence, à l’abri de la ville et des hommes, de sa jeunesse révolutionnaire, elle se souvient d’un passé qu’elle tente de maintenir présent, l’arrière-goût amer de l’inachevé, d’un idéal cantonné au rêve. Elle se souvient des luttes, tente de les faire revivre, son corps a besoin de vibrer encore, une dernière fois.

De l’autre côté des Pyrénées, Ruben se souvient aussi, de son enfance volée, de la traversée des montagnes, la fuite de la dictature de Franco, Ruben l’Espagnol, Ruben le réfugié, d’abord à Marseille et ensuite à Oran, et pour finir à Cassis. Il se souvient de Jeanne et tente de convoquer un passé, les morts, les amours contrariées, les blessures, les non-dits et les regrets.

Un livre pour raconter deux vies qui se chevauchent, qui se ratent, deux vies au crépuscule qu’un idéal sépare, aussi immuable que les montagnes qui se dressent entre eux, mais qui essaieront de se retrouver malgré tout. Et ceci dans la meilleure écriture qui soit, celle qui vous fait sentir la chaleur du soleil sur votre peau, qui vous fait frissonner du vent des cimes, qui vous fait entendre le bois qui craquelle sous vos pas, et le cœur qui bat dans la poitrine.

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De pierre et d’os – Bérengère Cournut

Mais quel livre !
Un bijou de dépaysement et de poésie, on entre à pas de loups dans l’intimité d’une culture millénaire où on en appelle aux esprits pour apaiser les chagrins, où les deuils ne sont que le prolongement la vie, où on remercie l’animal qu’on chasse de se laisser donner pour notre survie.
Dans un climat qui nous semblerait de désolation, on suit les inuits : nomades qui vivent, chassent, communient avec la glace et les créatures du froid, aiment, invoquent les sens, dans des chants et des rituels d’un autre monde.Un roman qui ressemble à s’y méprendre à un voyage initiatique auprès des inuits, doublé d’un très beau livre sur le plan esthétique (les photos en fin d’ouvrage sont splendides).

Chroniques, Livres

Notre-Dame de Paris, la réalité au delà de la fiction

Pour tous ceux qui, comme moi, ne connaissaient que la version Disney de Notre-Dame, ou, un peu mieux, la version film de 1956 avec Anthony Quinn, voici quelques détails qui vous ont probablement échappé.

Là où la morale de Disney était de montrer que la bonté n’avait que peu à voir avec le physique de l’homme (no kidding), le roman de Victor Hugo est infiniment plus complexe, et s’évertue à décrire, sans jugement apparent, les ambivalences humaines. Point de manichéisme, et histoire de donner le tempo, aucun des personnages n’est foncièrement gentil ou foncièrement méchant (vous êtes vraiment surpris ?), ils sont humains avant tout, et c’est là, à mon sens, toute la beauté de ce texte, et le génie de Victor Hugo, qui a su voir en l’Homme une unité, un tout fait de misère et de clarté. Vous serez par exemple peut-être étonné d’apprendre que :